Les grandes sculptures de Hans Jorgensen

 
 
Les grandes sculptures de Hans Jorgensen sont des œuvres “chargées“. Installées en gravité dans une église à Rouen, comme à Bar-le-Duc il y a peu, elles font demeure du lieu. Elles convoquent les puissances archaïques qui travaillent en silence les énergies de l’univers. Elles s’emparent de l’âme cachée du bois et de l’arbre des origines qui vit, qui respire, et qui agit.  Hans Jorgensen agence ces forces là, il s’empare à la source de la vitalité de cette matière animée. Et le sculpteur travaille à vif cette chair là, intemporelle, osseuse et fragile.

 Hans Jorgensen crée comme s’il ouvrait au scalpel les surfaces secrètes du corps, comme s’il arrachait la peau de toutes les sculptures du monde.  Il porte des coups au cœur du dedans. Son art est magique, intemporel, et lourd d’exorcisme sacral.

Une mystique enfiévrée et médiévale rôde. Elle transforme chaque œuvre en brûlot formel exigeant, saisissant, et envoûté. On dirait la matière-bois brûlée de l’intérieur par un feu sacrificiel. L’art de Jorgensen, éloigné des séductions de la modernité, est rituel d’apparition, contre toutes les disparitions. Il assène, par face à face implacable, la singularité terrifiante du ressenti archaïque. Dans son immédiateté brutale, dans sa physiologie de l’impact visuel, il s’arrache aux pesanteurs esthétiques comme la vie de l’œuvre, fusionnée aux cruautés, s’arrache aux pesanteurs vitales.
Ainsi vit la haute création.
Christian Noorbergen Critique d'art
Aralya
Avril 2023


 

La coïncidence de la catastrophe